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Mika Waltari, Sinouhé l’Egyptien


Par amour pour une courtisane, le médecin égyptien Sinouhé s’est vendu comme esclave. Il va vivre une odyssée à mi-chemin des mythes et de la réalité.

Médecin, mais aussi espion pour le compte du pharaon Aménophis IV, il ira de Thèbes à Babylone, et aussi chez les mystérieux Hittites et chez les Crétois soumis au Minotaure.

Prodigieux roman d’aventures qui nous initie à la politique, à la religion et aux sciences du quatorzième siècle avant Jésus-Christ, le chef-d’œuvre du grand écrivain finlandais Mika Waltari invite aussi à réfléchir sur l’homme d’aujourd’hui, le plaisir, la liberté, le pouvoir, la violence, l’injustice et tout ce qui fait notre destin.

 

L’auteur

Mika Toimi Waltari (1908-1979), dit Mika Waltari, est un écrivain finlandais à succès, qui a écrit plusieurs romans historiques, comme L’Etrusque ou Les amants de Byzance.



Notre avis

Publié en deux tomes, Sinhoué l’Egyptien (1945) est une oeuvre qui n’a pas vieilli. Le nom du héros est un clin d’oeil au Conte du naufragé, mais l’histoire est originale. L’auteur raconte à la première personne la vie d’un médecin égyptien pendant la 18e dynastie (14e siècle avant J.-C). Ses aventures le mèneront à Babylone, en Crète, en Bythinie, à Jérusalem… Il rencontrera de nombreuses personnes, des femmes, des soldats, des prêtres, des rois, Akhénaton lui-même, son histoire croisera celle de la grande Histoire, il semble avoir tout vu et tout vécu, mais comme Ulysse rêvait de revenir à Ithaque, Sinhoué rêve de revenir à Thèbes.

Le métier de médecin permet à l’auteur à la fois de décrire l’Egypte sous un angle nouveau, qui ne sera pas celui des grands pharaons et des affaires de cours, et de monter la supériorité que l’Egypte avant à l’époque dans ce domaine. Les Egyptiens pratiquaient notamment la trépanation – avec plus ou moins de succès, il est vrai. Ce procédé sera également utilisé par Gillian Bradshaw dans son roman Le phare d’Alexandrie.

Kaptah, son serviteur, est un personnage secondaire aussi important que le héros. Malin, roublard et pragmatique, il viendra compléter la personnalité du héros et aidera Sinhoué à plusieurs reprises. Ses discours-fleuves retranscrivent bien la façon dont les Egyptiens décrivaient leur position sociale : au lieu de donner des qualifications ou de grandes catégories à leurs richesses, ils les énuméraient les unes après les autres. Kaptah fait de même dans tous les domaines. Cela peut donner une impression de redondance pour le lecteur, mais cela permet aussi de lui rappeler les évènements passés s’il étend sa lecture sur plusieurs mois.

Bref, un livre qui fait voyager et dont l’écriture, à la fois simple et originale, dépaysera le lecteur. Un très bon roman sur l’Egypte, l’Antiquité et la période amarnienne (qui fait le lien entre le 1er et le 2ème tome), même si la connaissance sur cette époque a évolué depuis l’époque de sa rédaction (ne serait-ce qu’au niveau généalogique). La façon dont le personnage d’Akhénaton est présenté pose question sur sa santé mentale, mais il montre aussi comment son règne a permis aux artistes de saisir de peinture et de la sculpture officielles pour exprimer un regard neuf. Le monothéisme et l’expressionnisme sont arrivés trop tôt, ils ont disparu avec le pharaon « hérétique » et l’Egypte millénaire a repris ses droits. Sinhoué est le digne représentant de cette tradition.

 

Notre note : 4/5

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