Le portail de l'egyptologie

Pharaon, fils et serviteur des dieux

Un conte des plus anciens, connu graceau Papyrus Westcar, raconte comment Redjedjet, épouse de Raouser, Grand Prêtre de Hê. donna naissance aux trois premiers rois de la 5e dynastie. Pour cet accouchement hors du commun. on til appel aux déesses Isis, Nephtys. Meskhénet et Héqet ainsi qu ‘à Knoum, ce dieu qui, dans certaines tradition s, avait pour charge de modeler les hommes sur son tour de potier.

« Alors Isis se plaça devant elle, Nephtys derrière elle et Héqet accéléra la naissance. Et Isis dit: << Ne sois pas trop puissant dans son sein, en ce tien nom d’Ouserkaf ». Cet enfant lui glissa alors sur les mains: c’était un enfant long d’une coudée et dont les os étaient solides. Il avait les membres incrustés d’or et portait une coiffure en lapis-lazuli véritable. Elles le lavèrent, après qu’eut été coupé son cordon ombilical et qu’il eut été placé dans un cadre en briques. Puis Meskhénet alla vers lui et dit: Un roi qui exercera la royauté dans le pays entier », tandis que Khnoum donnait la santé à son corps. »

En effet, par essence, Pharaon n’est autre que le fils charnel du dieu. Cette idée, bien qu’omniprésente, apparaît plus volontiers lorsque le besoin de légitimer une accession au pouvoir se fait sentir. Ainsi, à la XVIIIe dynastie, la reine Hatchepsout, contestée par les partisans de Thoutmosis Ill, décide de représenter cette filiation divine sur les parois de son temple funéraire de Deir el-Bahari.

La scène montre comment le dieu Amon, sous l’aspect de Thoutmosis 1er, vient s’unir à la reine Ahmès pour concevoir la petite Hatchepsout. Derrière, figurent le dieu potier Khnoum et sa parèdre, Héqet, ainsi que le groupe des sept Hathor. Après la naissance, les dieux présentent l’enfant divin à son père, Amon, et le confient à la grande déesse nourricière, la vache Hathor, chargée de 1′ allaiter et de veiller sur lui.

Stèle d'Amenophis III à Thèbes aux alentours de 1360 avant JC illustrant le triomphe du roi sur ses ennemis

Stèle d’Amenophis III à Thèbes aux alentours de 1360 avant JC illustrant le triomphe du roi sur ses ennemis

Un tableau identique existe à Louqsor, dans la ‘ »Chambre de la Naissance d’Amenophis III ». Plus précises, les scènes relatent, dans les moindres détails, les différentes étapes de cette théogamie : la conception, la grossesse et la naissance. Ici, un éventail plus complet de divinités intervient : Amon, Khnoum et Hathor, mais, également, Isis., comme assistante du dieu Khnoum, Thot, chargé d’annoncer à la reine qu’elle enfantera d’un fils voué à l’exercice de la royauté, Thouéris et Bès, qui président à l’accouchement et s’assurent de son bon déroulement, et les génies de Haute et de Basse-Égypte, comme spectateurs attentifs de l’événement et protecteurs de l’enfant divin.

La généralisation de ce concept, visant à accorder à Pharaon la filiation divine, ne remonte qu’à la Basse Époque. Le sanctuaire s’enrichit alors d’un petit édifice annexe : le « mammisi », terme traduit par le « lieu de la naissance« . S’y déroule chaque année le mystère de la naissance du dieu fils : Khonsou, dans la triade thébaine, Néfertoum, dans la triade memphite, ou encore Anoukis, dans la triade d’ Éléphantine. Par extension, le dieu fils devient l’enfant roi: les représentations intérieures évoquent, comme chez Hatchepsout ou Amenophis Ill, les divers épisodes de la conception divine de Pharaon.

Dans un tel contexte, où Pharaon bénéficie de relations intimistes avec les divinités, les lois visant à régir le fonctionnement des lieux de culte deviennent plus explicites. En tant que fils des dieux et représentant des dieux sur terre, seul Pharaon peut aspirer à une approche réelle du divin.

Sa mission consiste à maintenir 1′ ordre universel et, à ce titre, il reste le seul personnage habilité à officier dans les temples. Se pose alors un problème matériel : au regard de la multitude de sanctuaires le long de la Vallée du Nil, Pharaon ne peut, en aucun cas, honorer quotidiennement cette charge.

Donc, par délégation royale, le clergé assure la pratique journalière du culte divin même si, sur les parois des temples, seul Pharaon figure dans l’accomplissement de ces rites. Pour éviter la colère des dieux, qui n’hésiteraient pas à ordonner un retour définitif au chaos, le roi se doit de construire, à travers tout le pays, temples et lieux de culte qu’il entretient par des dons incessants d’offrandes. En échange, les divinités lui assurent protection et secours en toutes circonstances.