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Aménophis IV et Néfertiti

Ce groupe ravissant, mieux que toute œuvre d’art de la même époque, montre à quel point les idées religieuses étaient intimement mêlées à l’art et l’influence qu’elles avaient sur ce dernier. Le caractère de charmante intimité familière qu’il dégage marque une des innovations caractéristiques qui résultèrent de la révolution amarnienne.

En effet, jusque-là, ce n’est qu’exceptionnellement que le pharaon avait été représenté en compagnie de son épouse. Lorsqu’il figurait dans un groupe, c’était ordinairement en compagnie d’une divinité, ce qui le montrait dans l’appareil de la grandeur souveraine. Dans ce groupe d’Akhénaton et de Néfertiti, les deux époux royaux se tiennent tendrement par la main, dans un geste charmant de confiance, d’abandon et de grâce. Ils sont aussi peu royaux que possible et on les prendrait aisément pour de simples particuliers.

Et, comme la nouvelle religion amarnienne voulait substituer au culte matériel des anciens dieux égyptiens le culte essentiellement spiritualiste du soleil, qui vivifie chaque jour par ses rayons bienfaisants tous les êtres indistinctement, il en résultait une conception égalitaire de la vie qui plaçait tous les hommes sur un même plan.

En raison de cette égalité, Akhénaton ne craignait pas de se faire voir, comme le plus humble de ses sujets dans la familiarité de sa vie, aux côtés de ceux qu’il aimait. M. Ch. Boreux a fait remarquer, que la destination probable de groupes semblables, ainsi que celle des bas-reliefs qui nous montrent la famille royale dans son intimité, était de remplacer les triades divines par des triades royales : le roi, son épouse et une de ses filles, devenus de véritables  » laraires  » auxquels les Egyptiens pouvaient rendre un culte analogue à celui dont les dieux avaient été l’objet. A noter qu’on ne relève, dans ce groupe, aucune des déformations qui apparaissent quelquefois dans le visage et le corps des effigies royales d’el Amarna.

Sans doute l’outrance des doctrines initiales s’est-elle adoucie, sans doute aussi les artistes thébains qui travaillaient à Amarna étaient-ils tout naturellement revenus au réalisme aimable dont les principes leur avaient été inculqués avant la révolution.

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