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Système d’Héliopolis


La cosmologie héliopolitaine est la première parcequ’historiquement la plus ancienne, mais aussi parce que les théologiens ne cesseront d’y revenir au fil des siècles. Elle décrit la création selon un schéma dont elle partage les grandes lignes avec ses rivales.


Au début était le Noun, également liquide incontrôlé, que l’on traduit souvent par chaos. Il ne s’agit pas d’un élément négatif, mais simplement d’une masse incréée, inorganisée et contenant en elle, les germes possibles de la vie. Le Noun est à la fois le sperme, le crachat et la salive qui interviennent dans la création des dieux.

Le Noun ne disparait pas après la création, il reste aux franges du monde organisé, qu’il menace d’envahir périodiquement si l’équilibre de l’univers vient à être rompre. Il est le séjour des forces négatives, toujours prompt à intervenir et, d’une manière plus générale, de tout ce qui échappe aux catégories de l’univers.

Par exemples :
Les âmes en peines qui n’ont pas bénéficié des rites funéraires approprié, ou les enfants mort-nés qui n’ont jamais eu la force suffisante pour accéder au monde sensible, y flottent, comme des noyés à la dérive. C’est de ce chaos qu’est issu le soleil dont on ne connait pas l’origine, parce qu’il est venu à l’existence de lui-même.
L’apparition du Noun se fait sur une butte de terre recouverte de sable vierge émergeant hors de l’eau et se matérialise par la présence d’une pierre levée, le benben, qui est l’objet d’un culte dans le temple d’Héliopolis, considéré comme le lieu même de la création.
La butte de terre évoque clairement le tell émergeant des flots aux plus forts des hautes eaux du fleuve, et le benben la pétrification du rayon de soleil, arborée sous l’apparence d’un obélisque tronqué posé sur la plateforme.
Ce dieu est son propre créateur. Il est alternativement Rê, le soleil proprement dit, Atoum, l’être achevé par excellence, ou encore Khepri, que l’on représentait sous la forme d’un scarabée et dont le nom signifie : transformation, à l’image de celle que l’on croyait voir accomplir au bousier qui roulait sa pilule sur les chemins.

Naissances des couples

Le demiurge tire la création de sa propre semence : en se masturbant, il met au monde, un couple :

–        Le dieu Chou : le Sec

–        La déesse Tefnout : l’humidité, dont le nom, évocateur, désigne le crachat autre forme d’expulsion de la substance divine, si l’on en croyait la légende d’Isis et de Rê.

 

De l’union du sec et de l’humide nait un deuxième couple :

–        Le ciel, Nout

–        La terre, Geb, une femme et un homme.

Le ciel et la terre ont quatre enfants : Isis et Osiris, Seth  et Nephtys.

Cette ennéade divine répartis sur quatre générations fait le lien entre la création et les hommes.

Les 2 dernières générations introduisent, en effet, le règne humain en interrogeant la légende osirienne, modèle de la passion qui est le lot des mortels. Le second couple est stérile.

Le premier couple fertile, constitue le prototype de la famille royale : Osiris roi d’Egypte est traitreusement assassiné par son frère Seth  représentant la contrepartie négative et violente de la force organisatrice symbolisé par le pharaon.

Il s’empare de son trône après sa mort. Isis modèle de l’épouse et de la veuve aidé par sa sœur Néphtys, reconstitue le corps dépecé de son mari.

Anubis, le chacal né, dit-on, des amours illégitimes de Néphtys avec Osiris vient à son secours pour embaumer le roi défunt.

Puis Isis donne le jour à un fils posthume, Horus, homonyme du dieu solaire d’Edfou et, comme lui, incarné dans un faucon.

Elle le cache dans les marais du delta, à proximité de la ville sainte Bouto, avec la complicité de la déesse Hathor, la vache nourricière.

L’enfant grandit, et, après une longue lutte contre son oncle Seth. Il  obtient du tribunal des dieux présidé par son grand père Geb d’être réintégré dans l’héritage de son père qui, lui, se voit confier le royaume des morts…

 

Les légendes

Sur ce schéma du règne des dieux, se greffe de nombreuse légende secondaire ou complémentaire que les théologiens ont multiplié à plaisir pour introduire une divinité locale, embellir son rôle dans la cosmologie assuré la fusion syncrétique de plusieurs ensemble.

Il en résulte une imbrication complexe de mythe se recoupant souvent entre eux qui mettent tous en scène des dieux régnant sur la terre et soumis aux passions humaines.

La naissance des Hommes

Il y est peu questions de la création même des hommes, qui semblent contemporaine de celle du monde, à une seule exception près :

La légende de l’œil de Rê. Le soleil perd son œil. Il envoit ses enfants Chou et Tefnout, à la recherche du fugitif, mais le temps passe sans que ceux-ci reviennent.

IL décide donc de remplacer l’absent. Entre temps l’œil fugitif revient et se voit remplacé. De rage, il se met à pleurer et de ses larmes (remout) naissent les hommes (remet). Rê le transforme alors en cobra et l’accroche à son front : il est l’uraeus chargé de foudroyé les ennemis du dieu.

L’aspect anecdotique de la création des hommes est ici très exceptionnel, et l’on peut supposer que cette origine est avant tout du aux  jeux de mots, trop tentant pour le théologien, entre le nom des larmes et celui de l’humanité.

L’oeil endommagé

Le thème de l’œil endommagé, ou remplacé connait plusieurs développements : il sert aussi à expliquer la  naissance de la lune, second œil de ré confié à Thot, le dieu scribe à tête d’ibis, ou l’œil saint d’Horus. Celui-ci, en effet, perdit un œil hors du combat qui l’opposa à Seth  pour la possession du royaume d’Egypte ; Thot le lui aurait rendu et en aurait fait le prototype de  l’intégrité physique.

 

C’est la raison pour laquelle, il figure d’ordinaire sur les cercueils ou il garantit aux morts le plein usage de son corps.

 

La lutte de Rê

Ré, le roi des dieux, doit lutter pour conserver un pouvoir que tentent de lui ravir chaque nuit lors de sa course dans l’au-delà des ennemis acharnés conduit par Apophis personnification des forces négatives.

Horus à la tête des harponneurs de la barque divine, l’aide à les vaincre, consacrant ainsi une nouvelle contaminations des mythes solaires et osirien. Les tentatives menées contre le roi des dieux prennent parfois un tour plus inattendu. C’est, par exemple Isis, la grande magicienne, qui essaye de prendre pouvoir sur ré en le faisant mordre par un serpent façonné dans l’argile mouillé de la salive que le dieu, devenu un vieillard débile, laisse échappé de sa bouche en partant le matin éclairé l’univers.

Le roi divin est saisi par la propre puissance issu de son corps : pour être sauvé, il doit révéler à celle qui a créé se charme le secret de son énergie vitale. Les noms de ses kaou.

C’était le but poursuivi par Isis qui voulait ainsi prendre pouvoir sur lui en apprenant ses noms secrets…

Sans doute le vieux dieu arrive t il a déjoué le piège de la sorcière ; mais le texte est interrompu et on ne connait pas la fin de l’histoire.

La révolte des Hommes

L’Egypte possède, elle aussi, le mythe de la révolte des hommes contre leur créateur, qui décide alors, sur le conseil de l’assemblée des dieux de les détruire. Ils envoient pour cela sur terre son œil sous forme de la déesse Hathor messagère de son courroux. Celle –ci dévore en un jour une partie de l’humanité puis s’endort. Ré, jugeant la punition suffisante repend dans la nuit de la bière qui, mêlée aux eaux du Nil, à l’apparence du sang.

A son réveil la déesse lape ce breuvage et s’écroule, terrassé par l’ivresse. L’humanité est sauvée, mais ré, déçu par elle décide de se retirer dans le ciel, sur le dos de la vache céleste qui sera soutenu par le dieu Chou.

Il remet l’administration de la terre à Thot et les serpents, un signe de la royauté à Geb. Ainsi se trouve consommé la séparation des dieux et des Hommes, chacun se voyant assignés sa place dans l’univers, qui connait désormais l’espace de la durée-djet et neheh.

Cette légende du courroux apaisé rappel celle de la déesse Lointaine : une lionne furieuse terrorisait la Nubie. Un messager de son père Ré la ramena apaisée en Egypte, sous l’apparence de la déesse-chatte Bastet.
La cosmologie heliopolitaine, par ses nombreux développements, l’emporte sur les autres cosmologies en assimilant une séries de mythes et de légendes. Dès lors, les cosmologies d’Hermopolis et de Memphis, au lieu de concurrence la cosmologie d’Héliopolis, ne la concurrencent pas mais la complètent, en remplaçant par le nom du dieu créateur (Ptah, Rê ou Atoum selon les versions).

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