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Pharaon chef de l’administration

Les dossiers qui s’amoncellent sur les bureaux des services administratifs sont des plus conséquents : et pour cause. au nom de Pharaon. son chef suprême. l’administration égyptienne contrôle tout. Il n’est de secteur d’activité qui lui échappe. Dans les archives. se trouvent toutes sortes de documents: notes de service. listes de personnel, relevés cadastraux et fiscaux. bordereaux de versements de salaires. procès-verbaux divers, plaintes des administrés. blâmes et punitions venant des supérieurs et bien plus encore.

Tous ces renseignements. rédigés sur papirys ou ostraca, sont présentés de manière savante et ordonnée : soulignements. annotations. corrections à J’ encre rouge. comptes alignés en colonnes … S’attachant à régir tous les domaines. cette administration est donc bien diversifiée et très spécialisée : de vastes équipes de titulaires. savamment hiérarchisés. ont à connaître des champs, des troupeaux, des greniers, des constructions, des bateaux, des soldats, des frontières, des relations avec les pays étrangers, des expéditions commerciales, de la justice, des prisons, de la santé ..pharaon-lever-impot

Outre l’administration royale, toute région administrative, tout temple, tout particulier aisé possède sa propre bureaucratie. C’est dire l’ampleur et la complexité de cette machinerie lourde et complexe que représente l’administration.

Mais l’étude des documents pharaoniques semble montrer que tout au long de l’histoire égyptienne la bonne marche de l’administration est liée au bon fonctionnement du pays. Lorsque l’emprise du gouvernement central sur le pays, hommes et biens s’affaiblit l’Égypte connaît alors tous les déboires : invasion. guerre et, bien entendu, famine.

Sous l’Ancien Empire, le système se caractérise par une centralisation exacerbée du pouvoir, où la frontière entre le service personnel du « roi-dieu » et celui de l’État reste difficile à définir.

Au niveau central, le roi choisit un vizir, chef incontesté de l’exécutif qui a compétence dans tous les domaines.

Il dirige quatre départements

  1. le Trésor. gérant le secteur économique et percevant l’impôt
  2. l’Agriculture. qui s’occupe d’élevage et de culture
  3. les Archives Royales. où sont soigneusement conservés titres de propriété, actes civils. contrats, testaments, décrets, minutes, jugements et textes juridiques divers
  4. la Justice chargée de faire appliquer les lois.

À l’échelon local, l’Égypte est divisée en nomes. ou provinces. au nombre de 42, dirigés par des nomarques, couramment qualifiés de « creuseurs de canaux« .

Ils s’occupent de l’exploitation économique de la région, de l’entretien de l’irrigation et de la surveillance des domaines.

Sous l’Ancien Empire, le problème vient de l’hérédité de ces charges. Les domaines deviennent la base de féodalités et leurs détenteurs cherchent à s’accaparer les prérogatives attachées aux propriétés royales.

De la 4e au déclin de la 6e dynastie, les administrations provinciales s’enrichissent considérablement et finissent, petit à petit par prendre leur indépendance. Pour tenter de redresser la situation, les pharaons établissent une série de postes en relation directe avec le gouvernement central.

Cependant ces charges de fonctionnement restent purement illusoires et symboliques :

Chef des secrets qu’un seul homme voit

Chef des secrets qu’un seul homme entend

Chef des secrets des mystères du ciel

L’Ami Unique

Le Porteur de Sandales’

Le Préposé aux Couronnes

Ainsi, cette période particulièrement confuse du déclin de l’Ancien Empire se caractérise par une dégradation du pouvoir central, doublée par une montée en puissance des particularimes locaux et une situation extérieure d’autant plus menaçante que le pouvoir royal s’affaiblit. Les deux secteurs principaux sont d’une part

  1. la production agricole
  2. les grands travaux liés à la construction des monuments funéraires royaux et des temples.

Ceux-ci réclament quantité de matériaux : pierres et pierres précieuses ou semi-précieuses. Pharaon organise alors de grandes expéditions d’exploitation et de prospection des ressources minières et des carrières des pays limitrophes. Pour ces travaux d’envergure, il se réserve le droit de réquisitionner les populations rurales. Généralement, cette main-d’oeuvre est payée en nature: habillement, logement, nourriture. Dès les premières dynasties, deux fonctions se développent rapidement, très contrôlées, certes, mais bénéficiant de nombreux avantages : les artisans et les scribes. Ils jouissent d’une très grande considération car ils représentent une parcelle de l’ autorité royale. Au sein de leur corporation, une hiérarchie très sévère existe que chacun doit respecter. Mais l’emplacement de leur tombe toujours aménagée à proximité immédiate de la grande pyramide royale témoigne de leur importance au sein de la société égyptienne.

Pendant la Première Période Intermédiaire, le prestige de Pharaon subit une importante éclipse, car ces trop longues années de troubles, doublées par une grave sécheresse provoquent quelques doutes sur les pouvoirs royaux.

Les « Lamentations d’lpou-ouer« , seul texte connu sur cette époque obscure, retranscrivent l’incapacité de l’administration pharaonique à gérer cette crise.

Le Conseil Privé du roi, voilà que ses archives sont emportées et les secrets qu’elles contenaient sont rendus publics. Les formules religieuses sont divulguées. Les bureaux sont forcés et leurs inventaires sont emportés. Les scribes sont assassinés, leurs écrits pillés.

Les registres des scribes du cadastre sont détruits et le blé de l’Égypte est devenu la propriété commune. Les lois sont rejetées, on les piétine sur les places publiques et les pauvres les brisent dans les rues. Des choses ont été faites qui n’étaient jamais arrivées auparavant: le roi a été déposé par la populace. Celui qui était enterré comme un faucon, voilà qu’il est privé d’offrandes et ce que cachait sa pyramide est vide. Les pauvres possèdent maintenant des richesses et le propriétaire d’autrefois n’a plus rien. Celui qui n’avait rien possède une grange et ses celliers regorgent des réserves d’un autre. Rien n’est à sa place: c’est comme un troupeau allant au hasard, sans berger …

 

Apparaît alors toute une littérature pessimiste, fruit de ce malaise économique et social. Le « Dialogue du Désespéré avec son âme ». chef-d’œuvre incontesté de la littérature égyptienne n’est autre que le constat désabusé d’un homme face à une vie où règnent violence et incompréhension.

À qui parler aujourd’hui? Les amis sont méchants et les frères d’aujourd’hui ne savent pas aimer !

À qui parler aujourd’hui? Les cœurs sont avides et chacun cherche à s’emparer des biens de son prochain; l’homme paisible dépérit et le fort écrase tout le monde !

À qui parler aujourd’hui ? C’est le triomphe du Mal et le Bien est partout jeté à terre ! »

La mort est à mes yeux comme la guérison pour le malade, comme de sortir après avoir souffert. La mort est à mes yeux comme le parfum du lotus, comme de s’asseoir sur la rive du pays de l’ivresse. La mort est à mes yeux comme le désir d’un homme de revoir sa maison après de longues années de captivité.

Le Moyen Empire rétablit donc, pour un temps, le pouvoir pharaonique mais, désormais le prestige du souverain repose sur sa puissance effective. Pharaon se rapproche de ses sujets et quitte son statut de roi idéal, incarnation vivante des dieux, pour n’être plus que le chef de l’administration et de l’année. Une bureaucratie nouvelle et moins centralisée issue des gouvernements provinciaux de la Première Période Intermédiaire, se met en place.

L’Égypte rétablit son pouvoir sur les régions limitrophes de l’ouest et de l’est sur le Sinaï notamment pour ses riches carrières de pierres dures et de turquoise, se lance dans une vaste colonisation de la Nubie et développe l’exploitation agricole et économique de l’oasis du Fayoum, région délaissée jusqu’à cette époque.

L’expérience douloureuse de la Première Période Intermédiaire et l’analyse raisonnée de tous ces événements conduisent le souverain à aborder plus sereinement l’exercice du pouvoir.

Par précaution, Pharaon associe au trône son fils aîné et lui inculque, dès le plus jeune âge, les règles qui régissent le dur métier de roi.

De cette époque date »l’Enseignement d’Amenemhat 1er » à son fils Sésostris 1er, somme de constatations amères, mises en garde et conseils sur les principes de gouvernement.

 

Garde tes distances envers les subordonnés, qui ne sont rien et aux intentions desquels on ne prête pas attention ! Ne te mêle pas à eux quand tu es seul, ne fais confiance à aucun frère, ne connais aucun ami. Ne te fais jamais de client : cela ne sert à rien. Lorsque tu te reposes, garde-toi toi- même, car l’on n’a pas d’ami le jour du malheur ! J’ai donné au pauvre et élevé l’orphelin, j’ai fait parvenir celui qui n’avait rien comme celui qui avait du bien, et celui qui mangeait ma nourriture, voilà qu’il complote!

Celui à qui j’ai tendu la main, voilà qu’il en profite pour fomenter des troubles ! Ceux que vêt mon lin fin, voilà qu’ils me regardent comme un paillasson ! Ceux que oint ma myrrhe, voilà qu ‘ils me crachent dessus ! Les images vivantes qui m’ont été attribuées – les hommes – ils ont ourdi contre moi un complot inouï et un grand combat, comme on n’en jamais vu !

Et pourtant. malgré une vigilance ininterrompue, Amenemhat 1er, incapable de juguler ces vagues d’attentats et de violence, périt en 1’An 29 de son règne, victime d’une conspiration ourdie, semble-t-il, au sein du palais.

L’entrée dans le Nouvel Empire correspond à une modification radicale de la société égyptienne qui, désormais, compte 3 centres de pouvoir: Pharaon et l’administration, le clergé et l’armée.

Le roi devient un héros guerrier, l’incarnation d’un dieu de la guerre et d’un dieu solaire : Amon-Rê.

C’est le héros glorieux et conquérant, le souverain universel doté de qualités divines et surhumaines, fils divin et interlocuteur privilégié des dieux. Au sommet de l’administration se trouve le roi, aidé par des vizirs appelés les tjaty, eux-mêmes secondés par des  »Maires des grandes villes », gouverneurs d’un territoire bien délimité, expédiant régulièrement des rapports à leur supérieur hiérarchique. La région thébaine devient le centre administratif et religieux de tout le pays.

Pourquoi Thèbes ?

Ce choix correspond à une double volonté : affirmer la puissance de 1’Empire thébain tout en se rapprochant de la Nubie. En effet, après les désordres de la Deuxième Période Intermédiaire, ce sont des princes de Thèbes qui partent à l’assaut de l’envahisseur Hyksôs et organisent la réunification du pays, choisissant leur ville d’origine comme centre de pouvoir.

Parallèlement une nécessité géographique et politique commence à se dessiner. En Nubie, l’Égypte s’étend désormais jusqu’à la ville de Napata, située au niveau de la quatrième cataracte. Il semble donc assez naturel de voir la capitale s’ installer le plus près possible de son centre.

De plus, le pays tire, de son Empire africain, une partie considérable de ses ressources en or, argent, matières précieuses, peaux, ivoires, encens. bois. pierres. hommes … ; d’où la nécessité impérieuse de se rapprocher de la Nubie.

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